Promotion de la Santé en milieu carcéral
En milieu carcéral, la santé et la promotion de la santé font l’objet, depuis plusieurs années, d’une attention accrue, en raison de la multiplication des constats de non-respect de la Loi de principes (2005). Cette dernière prescrit notamment l’instauration, au sein des établissements pénitentiaires, de « conditions psychosociales, physiques et matérielles respectant la dignité humaine »[1]. Pourtant, selon un rapport publié en 2017 par le KCE, le séjour en prison entraîne souvent une dégradation de l’état de santé des individus, conduisant ainsi seulement 51,2% des détenus à être en bonne santé, contre 74,1% dans la population belge globale. Tout comme le rapport parlementaire Salvi de 2016, le KCE souligne des manquements importants en matière de santé dans les prisons et des lacunes concernant la prise en charge de la santé des détenus, depuis la prévention et la promotion de la santé jusqu’à l’administration des soins adéquats et le suivi post-incarcération[2].

De façon à progresser vers une meilleure prise en charge de la santé des détenus, l’ASBL Un Pass dans l’Impasse a été désignée, en décembre 2019, comme porteuse d’un projet en Promotion de la Santé et accompagnement des détenus en matière de santé mentale, de gestion des assuétudes et de réduction des risques dans 15 établissements pénitentiaires wallons. Le projet comporte trois grandes composantes que sont :
- Un état des lieux visant à identifier les actions existantes, les ressources, les besoins et les manques en matière de Promotion de la Santé notamment de réduction des risques, de prévention des assuétudes et de prévention en santé mentale ;
- La mise en place d’un plan d’actions de façon à combler les manques et les besoins identifiés, en complémentarité des actions existantes ;
- Des évaluations annuelles de l’impact et des résultats des actions mises en place.
En septembre 2020, ESPRIst-ULiège obtenait le marché public visant à la désignation d’un opérateur scientifique pour l’accompagnement du projet. Depuis lors, les missions qui incombent à l’opérateur scientifique nous permettent de mobiliser notre équipe pluridisciplinaire et de mettre à profit son expérience dans la réalisation d’enquêtes qualitatives et quantitatives, la négociation de plans d’actions, la réalisation d’évaluations participatives et négociées et l’accompagnement de professionnels en Promotion de la Santé.
L’intervention d’ESPRIst-ULiège se décline selon les trois phases prévues par le projet :
- La réalisation d’un état des lieux des activités et des services, par établissement pénitentiaire, qui œuvrent à l’amélioration de la santé et du bien-être des personnes incarcérées
Les premières semaines de la collaboration entre Un pass dans l’impasse et ESPRIst-ULiège ont été rythmées par les réunions méthodologiques et la construction d’outils de récolte de données, qualitatives et quantitatives, visant à documenter l’état des lieux. A l’issue de la collecte des données, réalisée sur le terrain par l’équipe d’UPDI, ESPRIst procèdera à leur analyse, de façon à mettre en évidence l’existant mais également les besoins identifiés par une diversité d’acteurs (les directions, les détenu·e·s, les agents pénitentiaires et le personnel médical et psychosocial, ainsi que les nombreux intervenant·e·s externes). Les résultats, qui prendront la forme de rapports par établissements, serviront de socle à la construction de plans d’actions.
2. La construction et la mise en œuvre de plans d’actions
L’équipe d’ESPRIst-ULiège assistera UPDI dans ses négociations avec les différentes parties prenantes impliquées dans la construction et la mise en œuvre d’un plan d’actions dans chacun des 15 établissements pénitentiaires wallons. La démarche sera participative, de façon à rencontrer les demandes et besoins spécifiques à chaque établissement et encourager l’appropriation de ces plans d’action par les parties prenantes.
3. L’évaluation des actions mises en œuvre par le projet
Enfin, ESPRIst-ULiège réalisera, à mi-parcours et en fin de parcours, une évaluation des actions qui auront été mises en œuvre dans les différents établissements pénitentiaires visés par le projet. Tout comme les étapes précédentes, la démarche d’évaluation veillera à adopter une forme participative et à accorder une attention particulière au point de vue des détenu·e·s.
[1] Salvi V., La santé et la promotion de la santé des personnes détenues en milieu carcéral. Rapport parlementaire, Namur, 2016.
[2] Mistiaen P., Dauvrin M., Eyseen M., Roberfroid D., San Miguel L., Vinck V., Soins de santé dans les prisons belges : situation actuelle et scénarios pour le futur - Synthèse, KCE, 2017.
